En Chalcidique, il existe encore une course d'un autre temps, qui conserve une saveur archaïque et authentique, célébrée depuis 1971 par pure passion et non pour le battage médiatique, le marketing ou l'exhibitionnisme sur les réseaux sociaux : la traversée du golfe de Toronéos, 26 kilomètres en eau libre de Kallithea, sur la péninsule de Kassandra, à Nikiti, sur celle de Sithonia. C'est l'une des plus anciennes traversées d'Europe, voulue par un groupe d'habitants de Nikiti amoureux de leur mer, et le 25 juillet 2026, elle a atteint sa 56e édition (classée parmi les 100 meilleures traversées au monde).
La preuve de son éloignement du battage médiatique est que, si vous ne nagez pas, vous n'en avez certainement jamais entendu parler et, si vous nagez, probablement pas non plus. Et c'est précisément là tout l'intérêt : à une époque de courses annoncées 12 mois à l'avance avec des comptes à rebours sur les réseaux sociaux, le Toronéos continue de faire ce qu'il fait depuis un demi-siècle : une course le troisième week-end de juillet, une vingtaine de nageurs à l'eau et tout un village qui les attend sur la plage.

Vingt au départ, dix-sept à l'arrivée
En 2025, il y avait vingt partants et dix-sept arrivants, avec une mer force 6 (course remportée par Konstantinos Zachariadis en 6h54', suivi du Chypriote de seize ans Alexandros Nourou en 7h12'). Ce sont des chiffres d'une course d'un autre temps. Être parmi les partants est une opportunité rare. Et c'est exactement le genre de pépite que nous cherchons à répertorier et à raconter sur Omniathlon, non pas pour qu'elle devienne de masse, mais pour qu'elle soit appréciée.
Comment découvrir une telle course
Lors de l'édition 2026, parmi les 19 partants figurait Daniel Douglas Di Pierro, un nageur de fond passionné par ce type d'épreuves, qui a acquis au fil des ans une solide expérience sur les courses de plus de 20 km. Nous avons décidé de l'interviewer pour en savoir plus sur cette compétition dont l'inscription n'est pas une mince affaire :
« Dans les marathons de natation, on découvre souvent les courses par le bouche-à-oreille (nous, les Italiens, formons après tout un cercle restreint qui échange souvent à ce sujet). Je remercie mon ami Diego Innocenti qui m'en a parlé et m'a expliqué de surveiller le groupe Facebook lié à l'événement folklorique local (il était important d'ouvrir le groupe de temps en temps et de faire défiler la myriade de publications non pertinentes pour trouver les infos liées à la course). »
Être peu nombreux, cependant, ne signifie pas que la course est improvisée. Le niveau dans l'eau est élevé et l'accueil des athlètes est structuré :
« L'organisation a été formidable, elle fournit même l'hôtel dans les frais d'inscription et j'ai beaucoup apprécié la valeur affective qu'ils accordent à cette manifestation. Je n'ai jamais vu autant de pathos dans un marathon de natation, avec même une présentation des athlètes sur scène. Je connaissais déjà la très forte Laura Volpi, et concernant les CV, les 19 participants avaient tous un important parcours de nageur (entre anciens compétiteurs de fond ou nageurs ayant accumulé des kilomètres lors de traversées bien au-delà des 30 km). »
Dans le golfe
Le golfe que l'on traverse est celui situé entre les deux premiers "doigts" de la Chalcidique. Les premières heures de cette édition n'ont fait aucun cadeau :

« Dans la première moitié, la mer était agitée avec des vagues d'un mètre, puis elle s'est légèrement calmée ; mais jamais plate, c'était une course dure. Le premier a terminé en 6 heures et demie, moi en 8 heures et 18 minutes (à peu près au milieu du classement). »

Un impact avec l'eau qui vous a obligé à gérer immédiatement vos ressources physiques et mentales :
« Dès que j'ai commencé à nager et que j'ai remarqué que nous avions près d'un mètre de vagues, j'ai pensé "ok, ça va être très dur, mais je vais y arriver !" et ironiquement "dans une autre vie, je jouerai à la pétanque". »
La logistique de course exige également un esprit d'adaptation. Pas de flottes de kayaks effilés :
« Accompagnement par un bateau de pêcheurs ; avec des kayaks, les ravitaillements sont plus rapides, mais avec un peu d'organisation et d'expérience, on parvient facilement à minimiser les feeds même s'ils sont fournis par bateau (exemple : crochet élastique attaché aux gourdes). »
Puis on entre dans le vif de la traversée. Sept, huit heures de bleu où le véritable adversaire n'est pas la mer, mais la perspective :
« Le moment le plus dur ? Dans le dernier quart de la course, quand la côte de Nikiti semblait toujours proche mais que je ne parvenais pas à percevoir de détails supplémentaires sur le rivage, psychologiquement, on avait l'impression de nager sur place ! »
Et dans ces heures de stagnation apparente, les distractions s'effacent :
« On n'entend que le bruit des vagues et ma petite voix dans la tête qui répétait : tais-toi et nage, tais-toi et nage. »
Jusqu'à ce que la perspective change enfin :
« L'image que je ramène à la maison ? Sans aucun doute la côte de Sithonia, au moment où j'ai commencé à entrevoir les parasols, cela signifiait que j'y étais presque ! Et quand j'ai vu les gars de l'organisation m'attendre dans l'eau pour fêter mon arrivée, là, j'ai été très ému, la preuve que j'étais à deux doigts de la ligne d'arrivée. »
L'arrivée, c'est le village
Nikiti, à l'arrivée, est un vrai village de bord de mer, avec son petit port et ses vieilles maisons en pierre sur la colline. C'est le genre d'endroit où la course n'est pas un événement parachuté pour faire du tourisme, mais une affaire locale, transmise d'édition en édition. On le comprend à ce qui se passe au moment où l'on pose les pieds sur le sable :

« À l'arrivée, les bénévoles de l'organisation vous accueillent en vous embrassant, en vous mettant une couronne de laurier géante autour du cou (qui compte beaucoup plus qu'un sac de goodies, une célébration pour l'amour et l'authenticité de la manifestation) et en fond sonore, de la musique grecque épique (on se serait cru dans un poème homérique, mon odyssée personnelle menée à bien) et juste après, une mini interview sur scène, oui, il y avait même une scène avec du public à l'arrivée. »

Et c'est là que réside la différence avec tout le reste du calendrier. Pas d'arche gonflable, pas de direct sur les réseaux sociaux : un pacte entre ceux qui nagent et un golfe, avec un palmarès (conservé depuis 1971) et toute la communauté en guise de décor. Vous en avez eu la preuve en allant dîner :
« Dans l'un des endroits où j'ai mangé, le pizzaiolo m'a reconnu en voyant le t-shirt de l'événement et a dit "magnifique manifestation, je suis l'un des finishers des années précédentes". C'est un événement de "village" à part entière, connu de TOUS les locaux. »
Ce qu'il en reste
Au final, au-delà de la fatigue, une expérience aussi dépouillée du battage médiatique moderne laisse quelque chose de très précis :
« Le fait de savoir que l'on participe à un événement auquel la population locale tient de tout son cœur, et la tendresse de voir les enfants heureux de serrer les athlètes dans leurs bras et de prendre des photos avec eux, c'était magnifique. »
La referais-tu ?
« J'ai tendance à toujours viser de nouveaux endroits (comme je le fais aussi pour de simples vacances), je ne pense pas la refaire, mais je la recommande à tout le monde, tant pour l'organisation que pour la beauté du lieu et les émotions ressenties pendant et à la fin. »
